Le data management pour les sociétés de gestion d'actifs

A l'occasion de l'AM TECH DAY 2021, Olivier Mallet, Directeur intelligence artificielle et analytics France chez Cognizant, a participé à une table ronde sur le data management. Retour sur les enseignements majeurs à retenir.

Le 5 octobre 2021, s’est tenue au Palais Brongniart à Paris la 12e édition de l’AM Tech Day, événement annuel organisé par l’Agefi dédié à l’impact des innovations sur le secteur de la gestion d’actifs. Intitulée cette année « Innover ensemble : qui est le partenaire idéal ? », la manifestation a réuni près de 800 professionnels de la finance et de la tech. 

Olivier Mallet, Directeur intelligence artificielle et analytics France, chez Cognizant a participé à une table ronde sur le data management. Il a examiné avec trois autres intervenants (Marina Corghenci, MFEX Group ; Vincent Lapadu-Hargues, Finance Innovation ; Laurent Majchrzak, CACEIS) l’intérêt pour les petites et moyennes sociétés de gestion de collaborer avec des acteurs de la tech et dans quelle mesure ces partenariats leur permettent de se développer plus rapidement et à moindre coût.

Quels types de partenariats envisager entre fintechs et sociétés de gestion ?

Les fintechs proposent aujourd’hui un éventail de solutions très exhaustif couvrant tous les aspects (front, middle et back-office) et métiers de la gestion d’actifs et présentant différents niveaux d’intégration. Elles varient du simple abonnement au sur-mesure, du mode SaaS à l’offre on-premise. La pandémie a favorisé le recours aux solutions cloud. Face aux contraintes, les sociétés de gestion doivent-elles choisir des partenariats réactifs ou au contraire stratégiques ?

Pour apprécier l’apport de la tech en matière d’asset management, il faut se replacer dans le contexte global de transformation digitale et prendre en compte ses trois moteurs : le cloud, la data, et la transformation organisationnelle. 

Le cloud vise à supprimer les frictions de l’espace informationnel. Contrairement à l’idée répandue, son usage n’a pas encore atteint sa période de maturité. Les trois grands « hyperscalers » ont annoncé une croissance de leurs revenus au 2e trimestre 2021 de 51 % pour Azure, 54 % pour Google et 37 % pour AWS, le plus gros acteur. Les causes profondes de cette accélération se renforcent, aussi, le cloud va continuer à se développer considérablement.

Le deuxième moteur est la data, mot omniprésent lors de cette 12e édition de l’AM Tech Day. Parce que nous avons compris que la donnée contenait de la valeur, exploitable avec l’intelligence artificielle ou de l’analytics avancé ou par une monétisation directe. Naturellement, la data s’appuie sur l’infrastructure cloud.

Moins technologique, l’innovation organisationnelle est le troisième moteur de la transition numérique. Elle s’appuie sur la suppression des frictions et les effets de plateforme, autre thème souvent abordé lors de cette journée. 

Le modèle des plateformes ouvertes

Les plateformes offrent de nombreux avantages en matière de fidélisation, de captation et de croissance. C’est un modèle intéressant pour les start-up qui permet d’agréger un apport de valeur sur un segment particulier avec un écosystème coopératif d’acteurs. 

Je voudrais évoquer dans un autre secteur, l’exemple du projet d’observation de la terre Copernicus, auquel j’ai collaboré. Il s’agit de photos satellites captées par des opérateurs satellites et déposées sur la plateforme. Elles constituent un matériau brut sur lequel travaillent un tas d’acteurs pour en faire des usages différents. Les professionnels de la faune marine vont pouvoir par exemple suivre la migration des baleines à travers les océans ; les opérateurs de pipelines vont pouvoir surveiller les glissements de terrain ; et les agriculteurs, la couleur des champs.

Le système de plateforme ouverte s’avère extrêmement vertueux en augmentant la valeur de façon considérable, quadratique par rapport au nombre d’acteurs.

Plateforme et gestion des données

Les plateformes posent les questions de la propriété des données et de la transparence de la distribution des données, une fois que ces dernières ont été déposées. Si vous confiez vos données à une plateforme mieux vaut savoir ce qui va en être fait. 

Il existe des parallèles entre certains modèles de plateforme et ce que l'on voit en matière de marketing avec les cookies et Google, qui capte la valeur de la donnée sans la restituer ou en la restituant sous forme de services gratuits comme le moteur de recherche de Google ou YouTube, des modèles de plateformes très ciblées à éviter. 

Quels sont enjeux de gouvernance et qualité des données dans le secteur de l’asset management ?

Les enjeux de gouvernance et de qualité des données dans le secteur de l’asset management s’intensifient. Les besoins augmentent en raison de l’importance de la data et du volume de données. Certaines grandes sociétés de gestion emploient des dizaines voire des centaines de personnes chargées au quotidien de la data quality ou du data management et qui utilisent des outils tels que les catalogues de données, la mise en qualité et l'optimisation des pipelines de données de bout en bout. Les petites et moyennes sociétés de gestion ne disposent pas des mêmes ressources, mais elles doivent comprendre la valeur de la donnée et avoir une amorce de gouvernance de la donnée. J’entends par là une politique, une vision, des processus sur le maintien en qualité. Elles doivent savoir qui est responsable de la qualité, pourquoi et quels sont les moyens alloués. C’est indispensable pour gérer la répartition de la valeur de la donnée.

Il faut avoir conscience que l'on est propriétaire d'une donnée pour exercer son droit de propriété et obtenir la valeur. Cela fait partie de la culture et de la gouvernance, tout comme les enjeux réglementaires liés au RGPD, désormais assez normalisés. Le prochain défi dans ce domaine tient à l’entrée en vigueur le 1er juillet 2022 du règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). Certaines fintechs se sont créées pour accompagner les sociétés de gestion sur les transformations à réaliser en matière de reporting ou de notation.

Quelle due diligence effectuer avant de collaborer avec une fintech ?

Avant de choisir une fintech, les sociétés de gestion doivent faire quelques vérifications classiques : le risque de défaut, la protection des données et les engagements de qualité, et enfin le business model.

Prenons l’exemple des data sourceurs. La pérennité et la conformité de leurs collectes de données doivent être examinées. Certains ont démarré en faisant du recueil de données publiques sur internet avec des moteurs d’intelligence artificielle. Il convient de se méfier des pratiques vouées à disparaitre. Le scraping de site web, c’est-à-dire la collecte automatisée de données sur les sites web, était autorisé il y a quelques années, mais désormais généralement interdit.

Les réseaux sociaux ont changé leurs politiques de propriété intellectuelle, il y a trois ans. On ne peut plus utiliser les contenus de Facebook comme on le faisait auparavant. Par ailleurs, Google est en train de préparer une réforme pour 2022 sur l'usage des cookies tiers, qui provoque une belle levée de bouclier au nom de la protection de la vie privée, mais qui va en réalité lui attribuer le monopole de l'exploitation des cookies. L’univers de l’information est en perpétuelle évolution, c’est un paramètre à prendre en compte pour évaluer les jeux de données proposés par les data sourceurs.

Enfin, la dernière précaution concerne les plateformes, dont les utilisateurs doivent bien comprendre le fonctionnement pour s’assurer de ne pas être perdants en y adhérant ou en y participant. Le simple fait d’accéder à une plateforme et de partager avec celle-ci des informations sur ses usages, ses centres d’intérêt et son profil a une valeur pour la plateforme qu’il faut essayer de monnayer.

Les plateformes présentent un effet de rétention important. Faire le choix d’y recourir doit s’inscrire dans une démarche de partenariat stratégique. Un tel engagement en vaut la peine, mais comporte des risques à analyser au préalable parmi lesquels le business model de la plateforme. Il en va de même des partenariats avec les fintechs dont les offres reposent sur des plateformes.

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