La supply chain de demain : un nouveau stade de maturité digitale

La supply chain de demain : un nouveau stade de maturité digitale

Si les trois années d’instabilité que nous venons de traverser ont eu une vertu, c’est bien de nous avoir appris à affronter le changement permanent. Entre mesures de confinement, flambée des prix et tension logistique, les chaînes d’approvisionnement ont dû s’adapter et trouver des solutions à flux tendus pour parer les urgences.

Désormais les entreprises se tournent vers l’avenir et cherchent des outils fiables pour anticiper et limiter les éventuelles disruptions : des fondations digitales solides pour la chaîne logistique (supply chain) semblent incontournables pour répondre sur le long terme aux défis du changement.

Petit retour en arrière : avant la pandémie, les mantras principaux des entreprises en matière de supply chain étaient l’optimisation des coûts, la concentration des fournisseurs et la gestion des stocks en flux tendus. Cette philosophie s’est heurtée aux exigences de la pandémie qui, par le choc d’offre et de demande engendré, a profondément affaibli les entreprises dans leur réponse immédiate aux besoins, provoquant tour à tour des ruptures d’approvisionnement, une flambée des prix et des paralysies dans la chaîne de production. Ajoutez à cela l’avènement des préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), et il est devenu clair pour les entreprises qu’elles devaient refondre leurs stratégies en matière de supply chain.

Pour les accompagner dans cette voie, nous envisageons trois axes de développement – résilience, durabilité et collaboration – dans lesquels la technologie joue un rôle majeur. Découvrez nos conseils pratiques.

1/ Pour renforcer la résilience de la supply chain
L’une des conséquences probables des turbulences que nous venons de traverser, c’est que les industriels seront amenés à se tourner davantage vers des fournisseurs locaux au détriment de leurs fournisseurs internationaux – ce retour au local leur permettant non seulement de répondre aux demandes de plus en plus volatiles des consommateurs et aux attentes accrues en matière de livraisons rapides mais aussi de renforcer la fiabilité des chaînes d’approvisionnement en cas de perturbations mondiales. 

En 2021, une étude1 menée par Thomas, un cabinet d’analyse de données spécialisé dans la supply chain, avait ainsi évalué que 83 % des industriels américains pourraient être amenés à relocaliser leur choix de fournisseur.

Assez logiquement, le corollaire de ce retour à la proximité sera une certaine dispersion géographique des centres de distribution, avec une diversification de produits induite pour chacun. D’où la nécessité de faire appel à des technologies d’automatisation et d’intelligence augmentée pour fluidifier les opérations. C’est cette logique qui, au sortir de la pandémie, a conduit l’équipementier Nike à structurer sa chaîne d’approvisionnement autour du numérique – des outils de suivi de la demande et d’optimisation des stocks lui permettant de servir plus rapidement ses clients.

Dans cette perspective, voici un ensemble de mesures que nous recommandons pour renforcer la résilience de la supply chain, après en avoir observé les résultats fructueux chez certaines entreprises :

•    Cartographier les risques sur l’intégralité de la chaîne logistique plutôt que sur les seuls points de congestion habituellement identifiés (et prendre en compte tout l’éventail de risques tels que décrits par le modèle VUCA – en français « Volatilité, Incertitude, Complexité et Ambiguïté »)
•    Analyser et quantifier le niveau de vulnérabilité de tous les points de contact dans le réseau d’approvisionnement
•    Concevoir et déployer des jumeaux numériques pour tester la résistance de la chaîne d’approvisionnement et identifier les maillons faibles
•    Mettre en place un monitoring de données (une sorte de « tour de contrôle digitale ») pour identifier et résoudre rapidement les incidents, en encourageant la collaboration des équipes sur la résolution du problème
•    Développer l’automatisation, particulièrement dans les entrepôts, pour atténuer les impacts de fluctuations éventuelles du marché du travail

2/ Pour développer la durabilité de bout en bout
Dans la course à la durabilité qui s’est engagée depuis quelques années, les critères ESG servent de boussole aux entreprises pour mesurer leur niveau d’avancement par rapport aux objectifs fixés. Ceux-ci sont généralement accompagnés d’outils de mesure, quantitatifs ou qualitatifs, qui permettent d’évaluer l’existant de l’entreprise. 

En matière de supply chain, les deux outils qui se sont le plus imposés ces dernières années sont l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) et l’empreinte carbone : le premier permettant de mesurer quantitativement les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service tout au long de son utilisation, et le second consistant à auditer et évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle de l’entreprise et de sa chaîne logistique.

Dans cette optique, des technologies comme la blockchain ou l’internet des objets (IoT) deviennent progressivement incontournables pour aider les entreprises à collecter et suivre leurs données et identifier au mieux la provenance et la traçabilité de leurs produits et matériaux. Au-delà de la confiance que suscitera cet effort de transparence auprès des clients, c’est l’impact environnemental minimal de ces outils numériques qui pourrait être mis en avant, à toutes les étapes du cycle de vie (production, transport et consommation). Répondre aux attentes sociétales du consommateur et aux exigences réglementaires sont deux critères majeurs qui plaident en faveur d’un suivi numérique plus détaillé des chaînes d’approvisionnement – c’est-à-dire composant par composant, produit par produit – surtout si celles-ci sont multi nodales.

L’autre enjeu majeur pour les chaînes logistiques dites « durables » est celui de la circularité. En effet, l’évaluation de la durabilité d’une supply chain ne s’arrête pas à la livraison du produit au consommateur final : tout le cycle de réutilisation et de recyclage doit également être pris en compte car il permet aux entreprises d’étendre l’utilisation (et donc la valeur) du produit et d’envisager ainsi de nouveaux business models. 

En 2020, le groupe H&M a ainsi proposé un service innovant aux autres distributeurs de vêtements soucieux d’améliorer leur impact carbone : accéder à sa base de données de fournisseurs, laquelle est qualifiée en fonction du critère de durabilité. L’enseigne suédoise envisage elle-même de sourcer ses matériaux 100 % en recyclé ou renouvelable d’ici 2030 et de compenser intégralement ses émissions de GES à horizon 2040.

Pour atteindre leurs objectifs environnementaux en matière de supply chain, voici ce que nous conseillons habituellement aux entreprises :

•    Vérifier périodiquement l’évolution des indicateurs environnementaux à travers des technologies connectées
•    Cartographier et numériser tous les nœuds d’approvisionnement en matières premières puis assurer le suivi des données, de la production jusqu’au recyclage et à la réutilisation post-usage.
•    Assurer une veille sur les nouveaux business models et opportunités qui pourraient émerger en lien avec la transition environnementale (comme l’économie circulaire) et lancer des plans prospectifs d’application dans l’entreprise
•    Tracer les produits et composants par des outils de pointe comme l’IoT ou la blockchain
•    Développer l’intelligence artificielle et le machine learning pour concevoir des supply chains agiles capables de s’adapter aux changements brutaux de réglementations ou de demande client.
•    Faire de la durabilité de la supply chain un argument différenciant pour la marque de l’entreprise

3/ Pour accroître la collaboration des parties prenantes
La complexification croissante des chaînes logistiques et leurs interdépendances entraînent un besoin accru de collaboration entre toutes les parties prenantes. Dans une étude menée en 2020 auprès de plus de 100 entreprises multisectorielles , le cabinet de conseil McKinsey concluait ainsi qu’une meilleure collaboration entre acheteur et fournisseur générait davantage de croissance pour l’entreprise, des coûts opérationnels réduits et une meilleure rentabilité.

Pour parvenir à cette collaboration, l’intégration des outils est une première étape. Certaines solutions de supply chain consacrées à la planification et l’exécution comme IBM Sterling Commerce, Blue Yonder S&OP, Oracle, Symphony Retail – entre autres – permettent désormais aux entreprises de partager leurs données à l’échelle avec leurs fournisseurs et leurs clients pour réduire les risques, améliorer la productivité et prévoir la disponibilité des matériaux.

En matière de collaboration entre partenaires d’une chaîne logistique, voici ce que nous recommandons :

•    Moderniser les systèmes et process de la supply chain avec les outils de pointe les plus récents
•    Cartographier les interconnexions de la supply chain et concevoir un système d’échange d’informations en quasi-temps réel
•    Favoriser un alignement stratégique entre les partenaires de la chaîne d'approvisionnement et partager les meilleures pratiques
•    Garantir que la transparence et la confiance sont intégrées dans les processus tout au long de la chaîne logistique
•    Utiliser des outils comme la blockchain pour partager des données sécurisées et vérifiées de bout en bout
•    Signaler à tous les participants de la supply chain la valeur créée à chaque maillon et partager les fruits de cette valeur

Notes : 

1 https://business.thomasnet.com/press-room/news-highlights/new-report-reshoring-could-drive-443-billion-in-us-economic-value

Cognizant France

Cognizant France

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